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Le soleil levant donnait au paysage une teinte lie-de-vin. Les flots déchaînés essoraient la carlingue démantelée, continuant l'œuvre de désintégration totale de l'appareil. Les nuages noirs continuaient à s'agglomérer, donnant à l'ensemble du paysage une vision d'épouvante. Quel obstacle le vol AF447 avait-il pu rencontrer dans ce ciel d'enfer? Quelle force maléfique l'entraînait ainsi inexorablement au fond de l'océan? Dans quel musée des horreurs ce tableau apocalyptique pourrait-il figurer? Seules quelques mouettes et goélands tournoyant autour des débris admiraient ce décor.

 

Bientôt, le calme allait revenir, les flots s'apaiser, les nuages se dissiper. L'océan devenu nappe d'huile, luisant maintenant au soleil, semblait avoir digéré l'événement.

 

Un léger rideau de brume persistait encore, bientôt chassé par la brise du matin.

 

Dans le ciel d'azur, un avion traçait à la craie une ligne barrant l'horizon d'Ouest en Est. Celui-là arrivera à destination. Les passagers, ignoraient la récente catastrophe qui venait se dérouler à quelques miles d'eux. Certains dormaient paisiblement, d'autres fixaient l'écran de la cabine sur lequel James Bond expérimentait les accessoires technologiques les plus démentiels que lui avait fournis « Q ». L'assiette de l'appareil était désormais stable. Les hôtesses et stewards pouvaient à nouveau faire circuler leur chariot, distribuant plateaux de petit déjeuner et boissons chaudes.

 

Un célibataire d'âge moyen, plongé dans la lecture du « Times », gronda vertement deux enfants dont les taquineries incessantes l'agaçaient prodigieusement depuis le décollage, inconscient du bonheur qu'il avait d'être là, jouissant des éclats de rire de ces deux poisons pleins de vie.

 

Un couple de retraités, les yeux encore humides d'avoir quitté leurs petits enfants après ces trois belles semaines passées auprès d'eux se consolaient en visionnant sur leur ordinateur les photos prises durant ce merveilleux séjour. Que de souvenirs allaient encore les réjouir durant les mois à venir! Qu'ils avaient hâte d'être de retour dans leur jolie banlieue de Berlin pour les appeler ou plutôt, les « skyper » afin de voir leur jolies frimousses s'animer sur l'écran et leur raconter leur première journée sans eux...

 

Bientôt, la voix du commandant de bord retentit dans l'appareil. Dans quinze minutes, ils atterriraient à Dakar, escale de ce vol.

 

Certains s'étirèrent, d'autres remirent leurs montres à l'heure. Tous étaient réveillés maintenant, bien vivants.

 

Tess,

le 7 juin 2009


Tag(s) : #Plaisir d'écrire