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Vincent Van Gogh - restaurant à Asnières


Le soleil du jour naissant baignait la façade du bâtiment d'une douce lumière. L'odeur des seringas emplissait l'atmosphère, se mêlant aux effluves du premier café que joseph faisait passer. Pour lui, ce premier café. Rituel immuable: ouvrir l'établissement, laisser entrer la lumière, doser précisément le café dans le percolateur, en extraire le nectar dans le mazagran bleu et s'installer là, sur la lourde table centrale du restaurant.

 

Ce premier café, c'était le premier bonheur de sa journée. Bientôt, les clients arriveraient: ceux qui, pressés d'attraper leur métro, allaient engloutir café, tartine ou œuf dur au bord du comptoir, ceux qui, désœuvrés, guetteraient tout au long de la matinée l'écran du « Rapido » dans l'espoir d'une fortune soudaine, quelques lycéens venant déguster leur cola en racontant leur dernière soirée, heureux de l'absence du prof ce matin-là, un couple retraités de retour du marché venu prendre quelque repos et poser ses cabas ...

 

Alors, il faudrait courir, servir, nettoyer, tartiner, encaisser, desservir, rendre la monnaie, sourire, plaisanter, écouter ...

 

Rien de tout cela pour le moment. Joseph dégustait. Il dégustait et pensait.

 

Ce moment privilégié était l'occasion d'un retour sur lui-même, sur sa vie, ses projets. Il avait l'impression d'avoir toujours vécu dans ce lieu paisible à cette heure mais qui allait bientôt s'agiter à l'image de la folie ambiante de ce début de siècle.

 

Après avoir avalé la dernière gorgée du puissant breuvage, Joseph alla, comme chaque matin, allumer sa première cigarette devant la porte du café.

 

Plus question d'en griller une à l'intérieur désormais: interdit!

 

Cet instant lui permettait d'observer l'éveil de la ville. Les devantures s'ouvraient, les livreurs commençaient leur ballet, les passants s'engouffraient dans le métro, quelques automobilistes mécontents se manifestaient à l'aide de leur avertisseur.

 

Joseph profitait, jouissait encore du calme de son café.

Il fut temps alors de s'effacer devant « la bande des quatre », comme il les appelaient:

 

« Salut Patron! Finie la sieste! Tu nous sers comme d'habitude? »

 

 

 

Tess

 

5 octobre 2008


 

Tag(s) : #Plaisir d'écrire